LES  LOBI  :  SUITE

 

LES DANSES SACRÉES

 

LE "DJORO" : La danse du djoro n'est révélée aux Lobi que pendant leur initiation. Il s'agit d'un rite particulièrement important auquel de nombreux interdits sont attachés.
Pour en savoir plus sur ces cérémonies qui n'ont lieu que tous les 7 ans 

L'INITIATION ou DJORO 

Le Djoro, en tant que rite initiatique, est entouré du plus grand secret. Il s'agit d'une initiation obligatoire pour les garçons et les filles lobi âgés de 7 à 15 ans qui subissent les mêmes rites dans le cadre de leur patriclan ou "kuon". Ce n'est d'ailleurs qu'au cours du djoro que chaque individu apprend l'existence de ce groupe et son patronyme. Ces cérémonies, liées au culte du fleuve Mouhoun (que les Lobi appellent "Mir"), ont lieu tous les 7 ans et se déroulent sur plusieurs mois.

C'est le tambour sacré qui annonce le départ pour le lieu d'initiation des néophytes qui, venus de tous les coins du pays, se rassemblent devant la maison du prêtre local du djoro. Après une série de sacrifices, les candidats à l'initiation s'enfoncent dans la brousse, suivant à rebours l'itinéraire emprunté par leurs ancêtres jusqu'au lieu de traversée du fleuve. Les tambours grondent dès lors qu'ils approchent des zones habitées afin d'éloigner les non-initiés qui ne peuvent les voir sous peine d'être molestés.

Le fleuve, en tant que divinité, consacre la mort puis la renaissance des jeunes Lobi. Par l'ingestion d'un "médicament", l'initié oublie sa vie passée ; ses cheveux et ses vêtements sont enterrés. Une fois purifié, il renaît dans une belle parure de cauris et de plumes. Il doit alors réapprendre tous les gestes de la vie courante.

L'initiation comprend plusieurs grades et chaque initié a le loisir de participer plusieurs fois au djoro afin d'améliorer ses connaissances. Ensuite on y va pour accompagner ses enfants ou pour acquérir certains grades supérieurs.

Au delà de sa fonction de rite de passage de l'enfance au monde adulte et d'expression de l'unité du patriclan, le djoro constitue un puissant facteur d'intégration ethnique, d'autant plus important qu'aucun pouvoir politique central n'assure la cohésion de la société. 

LA DANSE DU DJORO 

Après le rite de l'eau, au cours d'une retraite dans le bosquet sacré de leur kuon, les initiés se voient enseigner les différents interdits, la langue secrète ainsi que la danse sacrée du djoro. Ils reçoivent également leur nom d'initié, qu'ils conserveront jusqu'à la fin de leur vie.

La réintégration complète dans la société est marquée par un rituel de "rentrée au marché", au cours duquel les initiés, portant leurs parures de cauris et tenant leur canne sacrée, défilent au son du grand tambour sacré puis dansent la danse du djoro.

 

  

LE "BIIR" : "Biir" est une divinité dont le culte se célèbre chaque année entre la fin des récoltes (début février) et la pousse du nouveau mil (fin juin). Les responsables du culte se rendent dans le village de Gbon où se trouve le trou sacré contenant le kaolin blanc. La grotte constitue un sanctuaire très vénéré et de nombreux pèlerins s'y rendent pour s'enduire le visage et les bras de kaolin et formuler des vœux. Si leurs prières sont exaucées, ils devront impérativement revenir l'année suivante pour offrir à Biir les offrandes promises, sous peine de s'exposer à la maladie ou à la mort.

Contrairement au Djoro, qui met en jeu toute une série d'épreuves et d'interdits, le biir est plutôt une occasion de réjouissances. Cependant la danse de biir ne peut se danser que lorsque la saison est ouverte. Elle est la seule à faire intervenir des clochettes.

 

 

                              

            Album de photos H. Labouret 1912-1924                Danseur de la troupe ATT de Gaoua

  

 

INSTRUMENTS DE MUSIQUE

Le balafon ou "yolon"

Le balafon lobi, appelé "yolon" en lobiri, est présent lors de toutes les fêtes, qu'elles soient populaires ou religieuses. Pour les Lobi, cet instrument existe depuis toujours et leur a été donné par les ancêtres. Il fait donc l'objet d'un grand respect. Aucun Lobi n'est d'ailleurs plus célèbre que le compositeur Nani Palé, joueur virtuose, décédé en 1982 et qui fut le héraut de la culture et des traditions lobi. Dans ses chansons, le poète-moraliste rappelle la voix des ancêtres et fustige les déviances de ses contemporains. Aujourd'hui encore, "le nom de Nani est grand, multiple, son nom est connu comme celui de l'éléphant".

 

Le tambour-calebasse ou gboro

Balafon à résonateurs multiples

Il existe de nombreux codes régissant l'usage des balafons lors des cérémonies. Ainsi, le "balafon des funérailles", qui comporte 14 lames, est toujours joué seul, alors que les "balafons du bour" sont joués par paire lors du rite initiatique du même nom.

 

‹ Balafon sur fosse

Les lames sont simplement posées sur une fosse rectangulaire creusée dans le sol et faisant office de caisse de résonance. Ce sont les enfants qui apprennent à jouer sur ce balafon.

 

Le gros tambour     

Ce tambour hémisphérique accompagne le balafon. Il est frappé à l'aide d'un bâton incurvé. Des anneaux métalliques, fixés sur les parois, permettent de timbrer le son

 

L'arc musical 

L'arc musical, appelé aussi "arc en bouche", est ici interprété par M. DA du village de Gbomblora

 

L’ART   LOBI 

 

"... En fait, on commence à peine à percer le secret de l'art Lobi. Et d'aucuns n'hésitent pas à situer les Lobi au plus haut de la statuaire africaine, à reconnaître en eux l'équivalent des sculpteurs romans, les créateurs singuliers d’œuvres qui vont droit à l'essentiel et ne libèrent un rythme, une force qu'avec la certitude de frapper au point d'impact le plus sûr. Avec les Lobi, il semble qu'on remonte aux sources de la sculpture nègre, celle qui dédaigne les effets ou l'anecdote. S'il fallait définir l'art africain, un mot d'abord devrait le résumer: la dignité. Jamais on n'observe ici une forme, un geste ou une expression qu'on puisse qualifier de vulgaire, d'outré, ni même qui soit dominé par l'expression du seul sentiment. Cette dignité, cette réserve dense et puissante, les Lobi les portent au maximum de tension et de concentration à travers les sculptures d'ancêtres.

Farouchement repliés sur eux même, "vivant presque toujours à une distance de flèche" de tout voisin, les Lobi sont réputés pour n'avoir jamais été soumis. Cette insoumission a trouvé ses lois plastiques. Observons une statue lobi, de préférence une tête sculptée: volume, taille, incision et crâne nu souligné d'une arête large, c'est l'Egypte qui semble se réincarner..." 

Ibrahim Baba KAKE / in " La Saga des peuples d'Afrique"

 

Les Lobi parlent des statuettes sous le terme de "bouthiba", c'est à dire des remèdes (thi) qui murmurent des paroles obscures (bour).
Les statuettes sont "les enfants du thil". Ce sont des êtres vivants et sacrés, qui communiquent et qui meurent. Loin d'être de vulgaires représentations, les statuettes sont les intermédiaires entre le monde terrestre et l'au delà.
 

 Réceptacles des forces de la nature, les statuettes lobi sont intimement liées à l'univers religieux de ce groupe ethnique.
On reproche parfois à cette statuaire une certaine médiocrité technique. Le sculpteur lobi n'est pas un spécialiste, encore moins un homme de caste. Il est comme tout lobi, un paysan et un guerrier. Ce sont les puissances de l'au-delà, par l'intermédiaire du devin, qui l'ont obligé à réaliser cette oeuvre qui n'apporte aucun prestige particulier et qui n'est guère rémunérée.

 

 

STATUAIRE LOBI : style et gestualité

Les statuettes lobi sont généralement en bois. La station debout est prépondérante avec une disproportion de la tête de 1/5ème par rapport à l'ensemble du corps. Elles sont majoritairement frontales, hiératiques et rigides. On y décèle une volonté de stylisation et un géométrisme visible. Ces œuvres traduisent une expression symbolique de la réalité

      

  1 - Les yeux sont matérialisés par une simple incision, un disque, un rectangle ou un bouton ovoïde. Ils sont sans regard, traduisant en cela l'aversion des lobi pour la curiosité, considérée comme une marque d'impudeur.

2 - La bouche est marquée par deux disques ou deux rectangles en relief. Elle rappelle la déformation provoquée chez les femmes par le port du double labret. Le nez est court, droit, pointu ou triangulaire. Les oreilles, toujours stylisées, sont formées d'un arc de cercle ou d'un disque en relief.

3 - La coiffure : les statuettes féminines ont le crâne lisse et nu ou une coiffure en "casque". Chez les lobi, on rase toujours le tour de la tête des femmes pour former ainsi une calotte.
Sur les statuettes hermaphrodites à double tête, la femme porte toujours une coiffure tressée ou un casque de bois taillé pour la différencier de l'homme.

 

    Les bras et les mains sont généralement collés au corps. Ils peuvent être très courts, stylisés, sans coude ou longs et filiformes. Les mains ont la forme de trapèze aplatis. Les jambes sont légèrement fléchies, les pieds reposent sur un socle. Le bas de la statue est en général négligé.

Si le geste est globalement expressif, le mouvement du corps traduit des intentions dont la signification échappe au profane. Chez les lobi, les techniques du corps sont codées et seuls les initiés sont instruits du sens de telle attitude, de tel geste ou de la fonction de telle œuvre. La richesse de la statuaire lobi se caractérise par l'extrême variété des attitudes. Aucune scène de la vie quotidienne n'a échappé au regard des sculpteurs.
 

 

    

 

Il y a des statuettes appelées " yadawoza ".Elles évoquent l'impuissance de l'homme face aux contingences de sa condition humaine.
Statuettes propiatoires, elles ont les bras levés au ciel, écartés ou tendus en arrière, ou même croisés et souvent les mains sur les épaules.  


   Bras levés au ciel, écartés ou tendus en arrière sont les attitudes d'un homme affligé, d'un désespéré en quête d'une aide, d'un secours. Un bras levé ou tendu, une tête tournée à droite ou à gauche, traduisent un malheur ayant frappé soit le matriclan (gauche), soit le patriclan (droit).
La forme traduit rarement la fonction, elle renvoie à des représentations sociales et religieuses.

   

Étude d'un autel lobi : le Wathil

 Les lobi croient en de nombreuses puissances spirituelles dénommées "Thila" destinées à protéger les individus dans les diverses circonstances de leur vie.
Le Wathil (terme générique) est l'autel dédié à l'ancêtre féminin du matriclan. Le wathil principal est placé dans la grande maison du matriclan. Ceux que l'on rencontre en brousse sont ceux dont la maison d'origine est tombée en ruine. Le whatil peut ainsi être situé dehors sous un arbre, dans une grotte.


La constitution du wathil varie selon les sous-matriclans. Il peut être une branche fourchue, fichée en terre, provenant de l'arbre attribué au matriclan considéré. Des statuettes représentant des femmes sont parfois déposées auprès de l'autel. Il ne devrait y avoir qu'un seul autel principal par matriclan, mais l'ont trouve parfois plusieurs wathil intermédiaires, probablement un pour chaque sous-matriclan.
 

Le rôle du wathil est important dans la vie sociale. C'est là que doivent se régler les conflits entre les utérins, là que doit être réparée toute faute commise à l'encontre des règles édictées par les ancêtres. Par exemple, si le fils d'un KAMBIRE a une différend avec un DA, fils de Kambire, les ancêtres communs sont concernes et ce différend doit se régler au wathil des KAMBIRE, car ils sont " frères ".
La paix et l'harmonie à l'intérieur du matriclan sont les qualités requises pour sa fécondité, elles sont indispensables à la reproduction. 

                                 

En tuant un utérin, on s'expose à la colère des ancêtres qui peuvent rendre les femmes stériles. C'est le pire des malheurs pouvant atteindre un africain et plus particulièrement un Lobi. Si un lobi tue un utérin, il est exclu du matriclan et ne peut ni hériter, ni même assister aux funérailles d'un membre de son matriclan. Le sacrifice de réparation devra obligatoirement être fait sur l'autel principal du matriclan, le plus souvent par un allié (maadaar) qui intervient pour le compte du coupable. La plupart du temps, les choses "s'arrangent" car " les flèches n'entrent pas dans le matriclan ". Chez les lobi, cela peut être considéré comme un accident, mais celui qui a tué un utérin ne peut pas jouir, pour ce meurtre, de l'honneur réservé aux guerriers.

  

C'est sur l'autel du matriclan des acquéreurs qu'étaient effectués les rituels d'intégration des captifs, achetés ou pris au cours des combats. On faisait le sacrifice sur l'autel du matriclan concerné et on leur rasait la tête.
A partir de ce moment, ils devenaient " enfants " de ce wathil et étaient assimilés ainsi aux utérins. 

Le meurtre d'un captif méritait des lors les mêmes châtiments et demandait les mêmes réparations que le meurtre d'un lobi de souche.
En l'absence ou empêchement d'un wathildaar (prêtre du wathil) ou de ses assistants, un captif intégré, initié aux coutumes du matriclan peut les suppléer puisqu'il a été acheté avec l'argent du wathil, héritage des ancêtres du matriclan. 

 Le lobi consulte le wathil en toute circonstance concernant la descendance de l'ancêtre du matrilignage en sacrifiant un poulet, mais la chair de ce dernier ne peut être consommée que par les membres du matriclan concerné. Les alliés du matriclan ne peuvent ni en manger, ni boire de la bière de mil offerte à cette occasion.

Le culte du Wathil, comme tout autre culte, est transmis de père en fils, même si le fils n'est pas forcément du même matriclan que le père. 

Le père du nouveau wathil, nommé Natha par exemple, procède aux sacrifices. D'abord celui d'un mouton, puis d'un bœuf et de très nombreux poulets ( plusieurs centaines), puis il mélange un peu de bière avec de la farine de mil dans un petit pot à sauce et verse le contenu sur Natha dont l'autel, construit en terre et placé devant la maison évoque une forme humaine.

Le plus âgé du matriclan est généralement wathildaar, c'est à dire prêtre du wathil et responsable du matriclan.

Dans les cérémonies, il s'adresse au wathil et prend la bière sacrée, ses assistants en boivent aussi, mais s'il en reste c'est lui qui doit la terminer. Le fils du prêtre, puisque né d'un homme du matriclan, peut lui aussi boire la bière sacrée et assister son père dans les cérémonies. Le plus souvent cependant, cette fonction est dévolue à un neveu utérin du prêtre ou à défaut à un membre du matriclan, parmi les plus âgés.

Le wathildaar est chargé de la fabrication du "médicament" du matriclan. Chaque wathildaar désigne lui-même son remplaçant. Ce dernier est ensuite intronisé au cours de coûteuses cérémonies magico-religieuses nécessitant parfois le sacrifice d'un bœuf, de volailles par milliers, de nombreux animaux domestiques moutons, chiens, cabris …

 

 Les sacrificateurs après avoir appliqué sur les ailes de leur nez et autour de leur bouche le médicament du wathil, placent dans leur bouche des piquants de porcs-épics et les soufflent avec forces sur les paniers de volailles. Les piquants, ainsi expulsés, traversent les corbeilles comme des flèches et tuent les volailles : un piquant par animal.

Dans le matriclan Palé, par exemple, le bœuf est introduit dans le GBALA (salle commune) puis terrassé et attaché, les quatre pattes en l'air. Le futur wathildaar monte alors à califourchon sur l'abdomen de l'animal et tape sur la poitrine de celui-ci avec une clochette sacrée, tandis que les maîtres de cérémonies s'adressent au wathil. Le bœuf expire, sans qu'on l'ait tué. On met toute la volaille, poules, pintades… dans des corbeilles en face des officiants ;

Il existe d'autres autels dédiés à la protection de la famille, des chasseurs, ainsi qu'aux soins des enfants malades et orphelins.

Textes de Madeleine PERE, Docteur ès lettres et sciences humaines

 

Attention : Toutes les reproductions de textes et images de ce site sont frappées  de Copyright et ne peuvent donc être reproduites sans l'accord préalable  de leurs  auteurs.